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De septembre à Octobre : des ouvertures

Ces deux dernières semaines ont été intenses. Nous avons du prioriser et l’écriture du billet est passée à la trappe. Ce n’est pas faute d’avoir des choses à raconter. Mais c’est passé si vite, comme dans une course où on ne regarde que l’arrivée en se disant qu’une fois la ligne franchie on pourra s’écrouler et souffler.

La bonne cage est un podcast. On vous apprend rien. Mais on ne prend peut-être pas assez le temps d’expliquer que c’est bien plus que ça. Le documentaire sonore est le médium qui nous permet de partager avec vous nos interrogations sur l’enquête et le quotidien du quartier. L’intention à l’origine du projet dépasse ce médium.

Nous souhaitons questionner la manière dont la sociologie, dans ses théories , ses méthodes et ses outils d’enquête se connecte au monde qu’elle observe et analyse. Ce monde est localisé, un petit territoire à l’intérieur de la France, à l’intérieur de la région Pays de la Loire, à l’intérieur du département de Loire-Atlantique, à l’intérieur de l’intercommunalité de Nantes-Métropole, à l’intérieur de Nantes, à l’intérieur du quartier Nantes-Nord…. Là se trouve le territoire de la Boissière. Nous avons voulu observer au plus près, dans le temps long, la vie des habitants et le travail des professionnels associatifs et agents publics.

On espère qu’écouter La bonne cage permet de dépasser les préjugés et les lieux communs de la vie dans un territoire qu’on a pris l’habitude dans le langage commun d’appeler « quartier » comme si le mot à lui seul suffisait à caractériser des vies inégales dans un territoire structurellement défavorisé.

La bonne cage est une porte d’entrée vers une réalité plus complexe. Nous avons eu l’occasion ces derniers mois de travailler à d’autres ouvertures. Trois nous ont occupées ces deux dernières semaines : un partenariat avec la Ville de Nantes dans le cadre du programme Décrypter – Les inégalités; des ateliers de découverte du documentaire sociologique pour La Fête de la science; une réflexion sur un médium écrit dépassant le carnet de terrain que l’on tient depuis le début du projet sur ce site.

Jeudi 01 octobre

Pour Elvire c’est l’occasion de reprendre pieds dans l’enquête. Cela fait plus de 15 jours que Fred assure seule la présence sur le terrain.

On ne peut pas dire que ce retour soit dépaysant.

On passe l’après-midi a préparer l’ensemble des évènements qui nous attendent dans les deux prochains week-end. On termine assez tard. On sort de l’Escale et au lieu de nous diriger vers le tram en passant par l’intérieur du quartier en longeant le terrain de basket et le centre socio-culturel, on passe près d’EmpowerNantes. On s’arrête discuter avec une habitante que nous ne connaissons pas et qui est en train de s’occuper des bacs de légumes, puis on longe la rue qui nous ramène vers le tram. Et là on pied d’un immeuble un homme assis dans l’herbe discute au téléphone alors qu’un peu plus loin se trouve une cage autour de laquelle s’ébattent des pigeons.

On vient pour la première fois d’entrer en contact avec « l’homme à la cage » dont nous parlent les habitant.e.s depuis le début du printemps, une histoire que vous pouvez écouter dans notre épisode 07.

Vendredi 02 octobre

C’est la course ! On commence notre matinée par animer une réunion dans le cadre d’un diagnostic que l’on conduit sur un autre quartier nantais. A peine parties de la réunion, on apprend que l’on a obtenu un prix du réseau Ville Amie des Ainés. Pas le temps de se réjouir, il faut passer chez l’imprimeur pour récupérer les livrets que nous avons préparé pour les participants des ateliers que nous animons dans le cadre de la Fête de la science. Nous proposons aux participants de venir réaliser avec nous un épisode du podcast consacré au thème de l’alimentation et des jardins collectifs. Mais le temps se dégrade vite et on se retrouve à devoir annuler les ateliers prévus ce week end. Les micros n’aiment ni le vent, ni la pluie. Pour une fois on peut dire merci à l’épidémie de covid, si, si, qui nous a poussé à penser en amont ce que l’on ferait pour la Fête de la science si on ne pouvait pas aller en reportage en extérieur. Nous collectons donc par mail et téléphone des suggestions de questions des participants pour que ce numéro du podcast reste collaboratif.

Nous consacrons le reste de la journée a monter un épisode sur le basket, un sport important dans le quartier que ce soit dans sa pratique en club ou en street.

Samedi 03 octobre

Ca y est ! On y est. C’est le jour de notre table-ronde à Cosmopolis dans le cadre de l’évènement Décrypter Les inégalités organisé par la Ville de Nantes.

Nous accueillons pour cette table-ronde, Denis Colombi pour son ouvrage Ou va l’argent des pauvres ? A l’origine de cet évènement, il y a le confinement qui à la Boissière a fortement ébranlé des vies déjà précaires et les budgets qui tenaient à l’euro près. Le CCAS et le centre socio-culturel ont réagi rapidement, notamment, par la distribution de paniers de fruits et légumes à très bas coût. Si cela a permis à des familles et des personnes isolées de tenir, il n’en reste pas moins que les inégalités se sont creusées.

On trouvait important de prendre un temps pour se poser et réfléchir à l’argent de ceux qui en manquent et dont les dépenses sont jugées, interrogées, critiquées. Nous ne voulions pas que cette réflexion échappe aux personnes concernées. Heureusement, Denis Colombi a accepté de partager avec nous plus qu’un évènement.

Nous avons invité à déjeuner à l’Escale à la Boissière des habitant.e.s qui participent au podcast. Denis nous a rejoint sitôt descendu du train. Le contact s’est noué autour d’un poulet rôti puis d’autres personnes nous ont rejoint avec l’idée de partir ensemble du quartier pour rejoindre le centre-ville et la conférence.

Le public de la conférence était nombreux et vivement intéressé. Denis Colombi réussi un pari difficile, celui d’être un passeur de savoirs, de diffuser des connaissances sociologiques tout en suscitant la réflexion de celles et ceux qui l’écoutent. Notre petite victoire a nous c’est que dans le public se tenaient 25 personnes de la Boissière. Ou va l’argent des pauvres ? est un état des connaissances sur un sujet, c’est aussi un manuel d’auto-défense pour les personnes concernées.

Mardi 06 octobre

La semaine sera dure mais au bout nous attend un week end dont on a bien l’intention de profiter ! A la fin de la journée, après avoir donné nos cours, on se retrouve pour une soirée conjuguant travail et détente, le seul moyen pour nous de trouver l’énergie de se relancer après une longue journée.

On écoute des extraits d’entretiens sur lesquels Fred a déjà travaillé afin d’écrire et de monter le documentaire que nous réalisons pour le centre socio-culturel de la Boissière. On vous en dit plus sur ce projet à la fin de ce billet.

Nous n’aurons pas beaucoup d’occasions de nous revoir avant la fin de la semaine on en profite pour caler le plus de choses possibles.

Jeudi 08 octobre

Parmi toutes les choses qui nous ont occupé la semaine dernière, il y avait eu une demande de subvention à monter pour enrichir le projet en ayant plus de moyens pour aller vers le public scolaire notamment et aussi pour lancer la préparation d’un grand évènement que l’on aimerait organiser au début de l’été 2021, encore une autre ouverture ! mais sur celle-là on n’en dira pas plus pour l’instant 😉

Pourquoi en parler alors ? Eh bien parce que la semaine dernière au moment de déposer le projet le site s’était effondré, et nous avec lui de découragement. Tout marche à nouveau et en rentrant du travail on se coordonne à distance pour déposer la demande de subvention.

Vendredi 09 octobre

Le temps demain s’annonce clément ! L’atelier prévu dans le cadre de la Fête de la science pourra avoir lieu. On prépare le matériel, vérifiant que les enregistreurs ont de la batterie et des cartes mémoire et préparant pour chaque binôme de participants un kit d’enquêteur. Dans la journée on enregistre trois annulations : un cas contact covid et deux empêchements de dernière minute.

Samedi 10 octobre

On y est et il fait beau ! Le ciel est sans nuage même si un peu de découragement s’abat sur nous lorsqu’on reçoit sur le chemin un sms prévenant d’une nouvelle annulation.

Arrivées à la Boissière à l’Escale on prépare un Thermos de café tout en accueillant les participantes.

Sylvie une habitante très impliquée sur les questions alimentaires sur le quartier et présidente de la jeune association Cultive ton bio nous fait visiter la parcelle qui vient d’être préparée en pied d’immeuble pour accueillir un futur potager pour les habitant.es. On traverse ensuite la ligne de tram et en à peine quelques minutes on quitte l’ambiance minérale de la Boissière pour se retrouver dans la nature. On passe un cours d’eau pour arriver aux jardins familiaux de la Cressonière où nous attendent des jardiniers.

Pendant plus d’une heure, ils nous font visiter leurs parcelles. On parle fruits et légumes mais aussi solidarité et vivre ensemble. Chaque binôme d’enquêtrices se répartit les tâches : préparer des questions, interviewer les jardiniers, enregistrer, prendre des notes…. On se retrouve ensuite pour faire le point et savoir ce que chacune en retient.

Après que le groupe se soit séparé, nous nous dirigeons vers la boucherie. On nous a parlé plusieurs fois de la fondue de poireaux servie lors du repas de samedi dernier. On achète de quoi manger et on retrouve à l’Escale Armandine, journaliste et photographe. On échange sur les possibilités de penser un travail commun, on aimerait en plus de La bonne cage sonore raconter à l’écrit le chantier qui va transformer le quartier dans les prochains mois et années.

On reste ensuite encore un moment pour passer en revue les prochains épisodes et enregistrer nos voix pour un documentaire sonore que nous avons réalisé pour le centre socio-culturel. Il raconte l’enquête qu’a réalisé le centre socio-culturel auprès des habitant.e.s pour connaître leurs besoins dans le cadre du renouvellement du projet associatif de l’Accoord.

En milieu d’après-midi, on se sépare pour partir chacune de notre côté apprécier un week-end dont on a grandement besoin.

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