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3e semaine d’octobre : en suspens

Tout le monde s’attendait à ce que la ville de Nantes soit concernée par les nouvelles mesures sanitaires de lutte contre la propagation du virus. Et puis finalement, non, la nouvelle est tombée sur nos téléphones le jeudi 22 octobre, la zone restait pour l’instant en rose pâle. On revenait de la Boissière où la maire de Nantes, Johanna Rolland venait d’inaugurer le nouveau terrain de basket dont nous avons documenté la transformation depuis le début de notre immersion. Le côté improvisé et festif de l’événement semblait faire du bien à tout le monde : la maire et ses adjoints élus, le « maire » – un habitant très investi sur le quartier, notamment auprès des jeunes – Sylvie, Yoan et Marie d’EmpowerNantes, Jean-Luc – qu’on croise sur tous les événements du quartier, venant toujours, comme il dit, « en voisin »… Et puis une petite dizaine de jeunes venus « taper un basket ». Une parenthèse. Histoire de reprendre son souffle. En attendant la prochaine annonce.

Mais sur le terrain, les échos sont déjà alarmants. Les professionnels qu’on croise nous parlent ainsi de tensions de plus en plus fortes entre les gens. Dans les activités surtout fréquentées par les personnes âgées, les conflits portent sur le port du masque, entre les « pros » et les « anti », voire les « négligents » qui le portent mal. Et puis désormais, « au temps d’un café »,  un moment de sociabilité organisé par le CCAS, il n’est plus possible de retirer son masque… pour boire un café. En miroir, les professionnels de l’animation socioculturelle sont contraints de réduire de plus en plus leurs interventions sur l’espace public et voient les trafics occuper de plus en plus la place laissée vacante. Il en est ainsi, le trafic se déplace au gré des descentes de police (très fréquentes en ce moment), se concertant sur certaines rues, trottoirs, squares ou halls d’immeuble.

Lundi

On se retrouve après nos cours respectifs à l’école de design pour monter l’épisode de la semaine consacré aux jardins. La plupart des enregistrements ont été réalisés lors de l’atelier que nous avons animé dans le cadre de la Fête de la Sciences le week-end du 9-10 octobre. Nous avons notamment réussi à embarquer Sylvie dans l’aventure qui est une habitante très investie dans les questions de cultures potagères et d’alimentation sur le quartier. L’entendre ainsi elle-même mener des interviews auprès d’autres jardiniers a pour nous quelque chose de très émouvant.

Mardi

Fred appelle Muriel, la directrice du centre socio-culturel de la Boissière, pour prendre des nouvelles. En ce matin frisquet de milieu d’automne, on apprend que le chauffage collectif est à l’arrêt dans toute la Boissière. Les rumeurs vont bon train. On suspecte un problème lié au réseau de chaleur.

Jeudi

Fred se rend au multispot à l’école Georges Sand, situé à un petit kilomètre de la Boissière, sur la ligne de tram. Comme cet été, l’Accoord y propose aux enfants des quartiers Nord un accueil gratuit pour les vacances de la Toussaint. Les enfants viennent comme ils veulent, sans inscription préalable. Même si la grande majorité d’entre eux va y passer les deux semaines, du lundi au vendredi. Les deux animateurs présents ce jour-là s’occupent d’une douzaine de gamins, de 6 à 11 ans, avec au programme un cache-cache, un parcours de bille, et une activité jardinage…

Activité jardinage
La bonne cage de l’école Georges Sand !

A 16h00, en revenant à la Boissière, Fred croise Yoan d’EmpowerNantes en train de s’activer devant le terrain de basket. Il est accompagné de Ladybug, la street artiste qui a supervisé le chantier participatif et réalisé le graf qui s’étale désormais sur le terrain. Johanna Rolland, la maire de Nantes est attendue dans moins d’une demi-heure pour inaugurer le terrain. L’événement n’a pas été annoncé sur les réseaux, l’inauguration est censée se dérouler en catimini. Enfin presque, un vidéaste est quand même là pour filmer. Les adjoints élus arrivent aussi en nombre. Quelques habitants sont là aussi, et un petit groupe de jeunes jouent au basket. Même Elvire a eu le temps de sauter dans un bus après son cours pour être à l’heure.

Il fait beau, les couleurs de l’automne donne à l’atmosphère un petit air d’ailleurs (« on se croirait à Montréal », s’avance même un élu). Tout y est, dans une ambiance détendue : la découpe du ruban au ciseau, la discussion avec les habitant.es et les membres de l’association d’EmpowerNantes qui a initié et encadré le chantier… Sur ce terrain de basket, cet après-midi là, on se dit qu’on vit un moment en suspens, bien incertaines de la manière dont vont s’écrire les prochains jours…

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