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1ère semaine de novembre : se reconfiner

Cette semaine, les cours ont recommencé à distance… mais pas tous et pas tout le temps. Le souvenir du confinement du printemps est dans toutes les têtes avec la peur d’un décrochage de la part des étudiant.es, alors les établissements d’enseignement supérieur pour lesquels nous travaillons s’ingénient à trouver des solutions : cours en distanciel sur des temps de présentiel, cours en asynchrone, cours en comodal (présentiel face à un demi-groupe en salle, pendant qu’un autre groupe suit à temps réel à distance dans une autre salle)… Il en résulte un emploi du temps hybride, à la carte, mais contraignant et parfois peu lisible.

Un drôle de reconfinement donc. Avec des magasins ouverts, d’autres qui ne le sont pas. Avec des débats sans fin sur ce qui est un bien de première nécessité et ce qui ne l’est pas. Avec des activités qui continuent, d’autres qui se sont arrêtées. A la Boissière, les travaux sur les logements continuent et le maître d’ouvrage a commencé le porte-à-porte pour informer les habitant.es des débuts du prochain chantier autour du centre commercial. Officiellement, le calendrier est donc maintenu avec un lancement des travaux fin décembre.

Lundi

Pour la première fois depuis que nous avons commencé l’immersion sur le quartier de la Boissière, le quartier fait la Une des journaux, même au niveau national. En cause : une réunion d’individus cagoulés devant le lycée Monge situé à la limite du quartier. Echanges musclés avec la police, jets de barrière, incendie de poubelles. Les rumeurs se propagent vite en ce jour si particulier de rentrée où un hommage national à l’enseignant Samuel Patty est organisé dans tous les établissements scolaires. Déjà sur Twitter des messages voient dans la fronde des jeunes des quartiers Nord une contestation à l’hommage, un signe ostensible de séparatisme. Au fil de la journée, les informations se précisent et en soirée, la préfecture annonce dans un communiqué que le groupe d’individus est allé devant le lycée Monge, dans le nord de Nantes, en réponse à « des appels sur les réseaux sociaux à manifester contre les mesures liées à l’épidémi de Covid-19 » (article du Parisien, 2 novembre 2020). Depuis d’autres rassemblements ont eu lieu devant des lycées à Nantes et ailleurs pour dénoncer ce qui est vu comme des conditions d’accueil peu sécurisées au regard de l’épidémie.

Le soir, on appelle quelques personnes pour les prévenir de l’annulation un atelier que nous devions animer à l’Escale, le lieu du CCAS qui est situé dans le centre du quartier et qui organise des temps d’activités à destination des personnes isolées et fragiles. Au téléphone, les personnes s’épanchent sur ce nouveau confinement et sur le fait qu’elles se sentent comme « abandonnées ». Nous l’avions déjà observé au printemps, pour certaines personnes – surtout les plus âgées – les activités proposées sur le quartier sont structurantes.  Non seulement, c’est une façon pour elles de remplir leur emploi du temps, mais c’est aussi bien souvent leur seul contact avec l’extérieur.

Mercredi

Nous mettons en ligne notre dernier épisode consacré à la pratique libre et en salle du basket.

Cet épisode a un statut particulier pour nous pour plusieurs raisons. D’abord parce que ce terrain de basket constitue un fil rouge de notre immersion sur le terrain. A chaque étape, nous avons tendu notre micro : du vote du projet retenu par les habitants au printemps, au chantier participatif qui a permis de le rénover à l’été, jusqu’à son inauguration à l’automne par la maire de Nantes. Ensuite parce que ce terrain de basket – et les fortes attentes autour de sa rénovation – est révélateur de l’importance qu’occupent les espaces de loisirs dans les quartiers et plus globalement des conflits d’usage qui structurent l’espace public. Enfin, alors que les pratiques sportives amateurs se sont brutalement arrêtées depuis l’annonce du reconfinement, il semble plus important que d’ordinaire de faire entendre la place qu’occupe les clubs de quartiers pour des jeunes qui se retrouvent parfois en grandes difficultés scolaires ou sociales.

Jeudi

On appelle Morgane de l’équipe de quartier au téléphone. Elle nous confirme que les travaux de rénovation des logements lancés dans le cadre du projet global, se poursuivent. Pourtant si un porte-à-porte est actuellement mené auprès des habitant.es des rues adjacentes au centre commercial pour les tenir au courant du chantier à venir, l’information sur l’espace public se trouve désormais limitée. Une invisibilité forcée des pouvoirs publics qui de l’aveu même de Morgane, a pour effet d’alimenter les rumeurs. Elle nous informe également que le matin même de nouveaux incidents ont eu lieu devant le lycée de Monge : bacs du bailleur incendiés, jets de barrière… Les matériels de chantier constituent de parfaits instruments pour alimenter la confusion.

Vendredi

On prend quelques nouvelles de certaines voix de la Bonne cage : Jeannine, Annie, Sylvie (sur répondeur)…. pour savoir comment elles vivent ce nouveau confinement. Dans leurs témoignages (enregistrés sur Skype!), on entend plutôt une forme de résignation sur le mode du « c’est comme ça », avec quand même un espoir : pouvoir passer Noël en famille. Reste à savoir si ce drôle de reconfinement suffira à mettre un coup d’arrêt suffisant à la propagation du virus…

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