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Deuxième semaine de janvier : on attend, on attend…

Les conversations se ressemblent à la Boissière comme ailleurs… Que ce soit au coin de la rue devant le bureau de tabac ou à la boulangerie, toujours les mêmes questions : « Qu’est-ce qu’il va dire notre Premier ministre ce soir ? », « Tu crois qu’on va rester coincé chez nous le week-end ? »,  « Quand est-ce qu’on va pouvoir reprendre notre vie normale ? » Et puis, la décision est finalement tombée le jeudi soir : un couvre-feu à 18h00 est décrété pour tout le territoire jusqu’à nouvel ordre.

Depuis des mois, le quartier vit au ralenti : plus d’activités sportives en intérieur pour les jeunes, plus de temps de sociabilité pour les vieux… et des habitant.es qui attendent de savoir quel va être le calendrier des travaux annoncés sur le quartier. En cette mi-janvier, l’ambiance dans le petit centre commercial appelé à la destruction, est plutôt morose. « On attend, on attend », dit Mohamed, le coiffeur, qui attend autant le client qui n’est jamais vraiment revenu depuis la levée du deuxième confinement que de savoir s’il va pouvoir rester sur place durant la durée des travaux.

janvier 2021

Mercredi

On passe la journée sur le quartier. Ça faisait longtemps et ça fait du bien. Le matin, avec Elvire, on fait la tournée des commerçants du centre commercial : Mohamed, le coiffeur ; Ahmed, son voisin, le boucher… Tous deux nous parlent de leur inquiétude et nous disent ne rien savoir de quoi seront faits les prochains mois… Une chose est certaine : tous deux voudraient rester sur le quartier. Mohamed y est depuis une dizaine d’années, Ahmed, depuis deux fois plus longtemps… Leur clientèle est fidèle, même si pour Mohamed, l’effet de cette année à trous se fait davantage ressentir. Spécialisé dans la coupe hommes et enfants, il a bien du mal depuis quelques semaines à maintenir à flot son activité. Les rumeurs vont bon train et personne ne semble vraiment savoir quand, où et comment vont être construits les nouveaux lots d’espaces commerciaux en pied de la future tour d’habitation.

l’Escale, janvier 2021

Le midi, on retrouve Annie au CAPS (comité d’action de la Petite sensive), un restaurant associatif sur le quartier qui propose des menus à prix modique tous les midis de la semaine. Le CAPS est une institution sur le quartier depuis le début des années 1970. Aujourd’hui, il est surtout fréquenté par les seniors et par quelques ouvriers. Si le CAPS est resté fermé de mars à juin lors du premier confinement, il a cette fois-ci réussi à obtenir une dérogation auprès de la préfecture pour continuer à recevoir du public. S’ils peuvent être jusqu’à une cinquantaine en temps normal, les habitué.es du CAPS ne sont plus aujourd’hui qu’une vingtaine, occupant chacun.e  une table. Pour Christine, la bénévole qui s’occupe du lieu pour poursuivre l’héritage de sa mère, Olga, la fondatrice du CAPS, le fait que « les anciens » puissent continuer à venir est très important : « pour beaucoup, c’est leur seule sortie. Ici, ils sont bien, ils sont comme en famille. Ils ont leur place, ils se connaissent ». Et ce midi là, même à un par table, les discussions sont animées autour du pot-au-feu. Le sujet du jour ? Les vaccins bien sûr ! Armandine, notre copine photographe est là aussi. Elle prend quelques clichés des convives, d’Annie, de Christine et de sa soeur, Claude. L’ambiance est joyeuse, les sourires sur les visages.

le CAPS, janvier 2021

Après déjeuner, on fait un nouveau tour dans le quartier avec Armandine et on passe voir Sylvie à qui on avait promis des madeleines. Sylvie est contente de nous recevoir chez elle : on a le droit au chocolat chaud et à la visite complète de l’appartement. Depuis la fenêtre de son salon, on voit le centre commercial, les cartons, les poubelles éventrées, et comme elle dit « des rats aussi gros que souris » Sauf que Souris… c’est le nom de son chat !

Le soir, Elvire met en ligne notre dernier épisode sur les trajectoires de trois femmes que nous avons rencontrées sur le quartier, trois parcours de migrantes.  

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