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Première semaine de Mars : campagne électorale à la Boissière

Dans trois semaines, on diffuse notre premier épisode, nous sommes fébriles, chacune à notre façon.

Nos emplois du temps nous éloignent du quartier cette semaine. Pourtant lundi tout nous y ramène. C’est le mail reçu par Fred qui permet de caler une captation sonore sur un tractage de la campagne électorale des municipales. C’est deux lettres et un colis reçus par Elvire. A l’intérieur ; un téléphone, une carte postale et deux adaptateurs jack (gardons le mystère pour le moment). C’est une rencontre avec Clément Gault à l’Ecole de design qui ouvre de nouvelles perspectives sur l’implication des habitants dans le processus de recherche grâce à la découverte des travaux menés par William B Gaver et la Goldsmiths University of London.

Mercredi, après avoir passé la journée dans les marais de Brière à la rencontre d’un paysan qui élève des vaches de race Bretonne pie noire et avoir essayé (en vain) d’enregistrer les sons des oiseaux dans les arbres, Fred a fini sa journée sur le quartier. Elle a rendez-vous avec l’équipe de campagne de Laurence Garnier pour une session de porte-à-porte à la rencontre des habitants sur Boissière. Pendant une heure elle accompagne Didier Rousset (le candidat LR sur le quartier) et son fidèle acolyte (un militant de longue date du parti) dont les parents ont longtemps habité Nantes Nord.  

Dans ce type d’opération, le même scenario se répète cage d’escalier après cage d’escalier (en une heure, nous avons eu le temps d’en faire trois). D’abord un coup de sonnette en bas, sur un nom pris au hasard : « Bonjour, est-ce que vous voulez bien nous ouvrir, on est l’équipe de campagne de Laurence Garnier… on vient vous parlez des élections ». Et puis c’est l’attente. Entre les « Moi je ne vote pas, ça ne m’intéresse pas »… et les « si vous voulez, je suis au troisième », la porte s’est finalement toujours ouverte. Malgré la méfiance et la peur de l’étranger dont il est souvent question dans les discussions avec les habitants… Et une fois dans la cage, il faut monter, étage après étage, sonner à chacune des portes, attendre sur le palier, entendre du bruit derrière la porte qui ne s’ouvre pas, glisser un programme dans l’encoignure de la porte quand décidément celle-ci reste fermée. 

Et puis, parfois, la porte s’ouvre, les bruits de l’appartement envahissent alors brutalement le palier : bruits de cuisine, de télé, de musique. Les enfants passent la tête, toujours curieux, parfois remuants… Les discussions de palier sont toujours orientées autour de la vie dans le quartier et l’insécurité. Pourtant, à entendre les habitants, les avis sont partagés : « il n’y a pas de problème sur le quartier, c’est très calme », assure cette mère de famille rentrant du boulot, « il paraît que Nantes maintenant c’est pire que Marseille » affirme au contraire son voisin du 2e, ou encore ces jeunes lycéennes qui « aiment bien vivre là car c’est [leur] quartier »… Systématiquement, quand la discussion dure un peu, la lumière s’éteint sur le palier, ce qui interrompt brutalement la conversation. Il faut alors faire de grands gestes pour rallumer automatiquement le plafonnier, reprendre le fil de la conversation, et puis surtout donner le tract et appeler à voter le 15 mars. Tel est le difficile sacerdoce du militantisme de cage d’escalier que de ne pas se laisser décourager…  « Vous avez dit que c’était quand déjà vos élections là ? »  

Samedi, en début d’après-midi, nous retrouvons chez elle Stéphanie qui rentre du travail. Avec elle, on parle de son arrivée sur le quartier il y a 25 ans. Originaire d’Afrique de l’Ouest, elle a vécu dans plusieurs villes en France avant d’arriver à Nantes. Ses souvenirs de l’emménagement nous ramènent à un temps où les locataires du parc social avaient des origines sociales plus variées. Au fil des années, les voisins ont changé, mais Stéphanie souligne que cela n’a pas empêché des liens de se nouer et une solidarité de s’installer le long de la cage d’escalier. Stéphanie nous parle de son investissement pour ses enfants, son travail, sa paroisse et son quartier, alors qu’une délicieuse odeur nous arrive de la cuisine.

On repart ensuite pour le centre-ville où nous attendent Errel Latimier, socio-linguiste et Hélène Lecompte, sociologue. Elles nous font l’amitié de nous rejoindre pour partager avec nous leur expérience de l’écriture sonore et nous aider à préciser les objectifs du projet.

C’est dans la confiance, l’enthousiasme et les rires que s’achève la semaine alors qu’une autre commence déjà.

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