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Première semaine d’Avril : conserver le lien, à distance

Le temps passe toujours aussi étrangement et s’y ajoute une forme de lassitude.

On ne s’ennuie pas.

L’enseignement à distance prend une grande partie de notre temps et la plupart de notre énergie.

Mais on a l’impression, la tête devant l’écran, qu’entre les murs, les inégalités sociales s’aggravent un peu plus chaque jour.

Sans un bruit.

Le son c’est notre grande inquiétude. Les entretiens téléphoniques ne sont pas l’idéal pour enregistrer un son propre. Il y a aussi, et surtout, le son d’ambiance, celui sur lequel on comptait pour plonger, ceux qui nous écoutent, dans le quotidien de la Boissière. Ce son d’ambiance aujourd’hui c’est celui des sonneries de téléphone, des sons de messageries et des conversations skype.

Mardi

On se retrouve par téléphone, après avoir bosser toute la journée en visio, pour appeler Nabila que l’on a rencontrée il y a quelques semaines au centre socio-culturel où elle participe bénévolement à plusieurs activités.

On ne parvient à joindre que son répondeur.

Mercredi

Une belle matinée d’entretiens nous attend. On se retrouve à 9h00 devant nos écrans. Nabila est toujours sur répondeur, on commence à s’inquiéter. Sylvie est sur répondeur aussi, on lui laisse un message. Christine nous répond mais n’est pas disponible.

C’est ensuite de Nanou dont on prend des nouvelles. Le confinement a beaucoup fragilisé sa situation. Elle nous dit se sentir en prison. Les activités et les balades dans le quartier tiennent une place très importante dans son quotidien. Il y a aussi le rôle des associations, Nanou a l’habitude de tenir son budget grâce au réseau d’entraide associatif, comme Etiquette pour le troc de vêtements. Tout est fermé et pour ajouter au stress son salaire ne lui a pas encore été versé ce mois-ci.

c’est tout flou mais ça compte. Doriane nous notre les gestes de protection que doivent accomplir les caissières

On prend ensuite des nouvelles de Doriane qui habite dans une colocation de kapseurs sur la Boissière. Elle nous raconte comment elle essaie d’inventer des solutions pour maintenir des liens avec Zamzam, une réfugiée soudanaise, arrivée en France il y a deux ans et actuellement scolarisée en CE1. Pour la faire lire, elle cherche comment inverser le texte qu’elle écrit pour que Zamzam ne le voit pas à l’envers de l’autre côté de l’écran. Elle nous parle aussi de son travail de caissière, qui n’est plus le même depuis le confinement. Ensemble on s’interroge sur ce qui aurait pu être fait différemment pour maintenir le lien social si l’on avait eu quelques semaines en amont pour se préparer au confinement, comme s’assurer que tous les enfants est du matériel informatique et à minima une clef 4 G à défaut d’une connexion Internet.

Notre mercredi matin ressemble trait pour trait à une livraison de La bonne cage. Après avoir cherché à être au plus près du vécu quotidien des habitantes, on fait un pas de côté et on appelle Gaële Henri-Panabière, Maîtresse de conférences en Sciences de l’éducation à l’Université Paris Descartes. cet entretien sera le bonus de notre troisième épisode consacré à l’école confinée. On évoque ensemble les inégalités scolaires et sociales, les dynamiques au sein des logements quand le travail scolaire se fait à la maison, ainsi que les outils dont disposent les chercheur.e.s pour rendre tangibles des vécus scolaires et des situations sociales invisibles, comme le propose l’ouvrage Enfances de classe.

Dans l’après-midi, Fred rappelle Christine. Elle a les mêmes mots que Nanou, elle se sent en prison. Elle a quitté la Boissière pour aller vivre dans une résidence-autonomie la veille du confinement. Elle se sent perdue, sans repères et loin des activités qu’elle aimait faire à l’Escale.

On se retrouve en fin de semaine pour travailler le montage du prochain épisode qui sera diffusé mercredi prochain. La fatigue se fait de plus en plus sentir.

Un Commentaire

  1. M.T M.T

    Je découvre votre projet avec grand intérêt. Travaillant sur le quartier, je serai ravie de vous rencontrer.

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