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Troisième semaine d’avril : la seconde phase de l’épidémie

En relisant le billet, on s’est aperçues qu’on avait pas écrit Mardi mais Merdi et finalement pour parler du Jeudi, Au téléphone; les entretiens révèlent des jours qui s’effacent pour raisonner en semaines, voire en cycle, avec une inquiétude de plus en plus forte concernant l’aggravation des inégalités dans les quartiers populaires.

Le terme « seconde vague » est employée par les soignant.e.s pour évoquer le prochain pic de l’épidémie. « Seconde phase » est un terme employé par les professionnel.le.s que l’on joint au téléphone. Pour Françoise par exemple qui travaille au C.C.A.S. Il désigne une transformation des besoins exprimés par les habitants en situation de précarité.

Lundi

Entre deux chocolats, on fait un point sur la semaine qui vient. Une semaine sans cours, qui nous permet de souffler. On note les personnes que l’on souhaite appeler cette semaine en plus des entretiens déjà prévus et on évoque le prochain épisode, le troisième, que l’on a prévu de monter vendredi.

Jeudi

On appelle Françoise du C.C.A.S. Avec elle on évoque les liens entre les acteurs du quartier et les actions associant habitant.e.s, associations et agents des services publics qui s’organisent sur le quartier. Ces actions concernent principalement l’aide alimentaire, avec une distribution de colis alimentaires et de paniers de fruits et légumes. On en parlait en introduction, pour Françoise on est entré dans la seconde phase de l’épidémie.

Dans la première phase, les habitant.e.s exprimaient des besoins liés à l’organisation du quotidien : règles de confinement, relations entre les personnes vivant sous le même toit, fonctionnement des arrêts de travail, accès aux attestation et aide pour les remplir, ainsi qu’un sentiment de frustration lié à la perte des activités collectives organisées sur le quartier.

Dans cette seconde phase, la précarité financière passe au premier plan. Tout le monde ne possède pas une carte bancaire mais les grandes surfaces sont très réticentes au paiement par chèque et encore plus en espèces. Le confinement se traduit aussi par des pertes de revenus ou des retards de versement quand le travailleur.se est en arrêt de travail. Les demandes d’aide financière et d’aide alimentaire en argent ou en nature augmentent fortement.

Avant le confinement, une semaine sur deux les habitant.e.s pouvaient obtenir à petit prix un panier de fruits et légumes en venant le chercher au centre socio-culturel.

La question de l’alimentation est très présente à la Boissière et plus globalement à Nantes Nord. On en a parlé à plusieurs reprises dans le Journal de terrain de février, avec Nabila qui participe à la distribution de fruits et légumes et avec Sylvie qui s’est lancée dans la création d’une association pour cultiver et livrer des légumes bio.

On appelle Christine qui a déménagé hors du quartier dimanche 15 mars. la date est importante puisqu’elle signifie que ses premiers pas au sein de la résidence-autonomie ont eu lieu en période de confinement. Elle n’a pas eu droit au pot d’accueil, n’a pas de liens avec ses voisins. Elle voit principalement le gardien et la personne qui vient apporter le repas qui hors du confinement se prend dans une salle commune. Cuisinière de métier et par passion, Christine n’a plus le même rapport à l’alimentation depuis le début du confinement. Elle mange des repas faits par d’autres ou cuisine le soir les courses qu’a fait sa fille avant de les déposer au gardien et de lui dire au revoir depuis le parking alors que Christine est à sa fenêtre au premier étage.

Dans ce jeudi chargé, on enregistre également l’entretien avec Marion Segaud, anthropologue. Au moment de l’enregistrement on ne sait pas encore avec quel épisode il sera positionné. La réponse arrive le lendemain.

Vendredi

Aujourd’hui, on monte le troisième épisode.

On commence par échanger à bâtons rompus et c’est là que Frédérique, tout en cherchant à remettre la main sur un livre du sociologue Erving Goffman, a l’idée lumineuse de faire de l’entretien avec Marion Segaud le bonus ultime « fin de confinement ». Dans cet entretien nous avons parlé d’espace privé, d’espace public et des transformations du lien au logement liées au confinement. Ça semble donc coller parfaitement.

A 16H00 pour nous et 10H00 pour elle, nous interviewons Cécile van de Velde. ce sera le bonus de l’épisode 2. Les travaux que la chercheuse a conduit sur la solitude nous permettront d’élire les propos des habitantes qui ont ressenti durement le début du confinement.

Samedi

On finit le premier montage de l’épisode et on l’envoie à Tiko pour le mixage. On raccroche Skype pour profiter du week-end tout en ayant déjà le début de la to-do list de la semaine prochaine. Elle inclut une nouvelle section du site avec une revue de presse et un espace pour y reproduire les citations des ouvrages qui nous aident à construire nos épisodes.

Plus on avance dans ce travail, plus on expérimente une nouvelle méthode de travail et de pensée. On invente une manière de tisser des échos entre plusieurs voix : les nôtres, celles des habitant.e.s, celles des chercheur.es que nous interrogeons, mais aussi celles des sociologues que nous lisons. Un mot, une expression nous fait souvent penser au passage d’un livre, alors on se met souvent en quête de l’ouvrage dans nos bibliothèques. Mais chez Fred du moins, les livres sont très peu rangés, et la recherche peut prendre souvent de longues minutes. Alors pour vous, on va essayer de mettre un peu d’ordre dans tout ça et de vous faire un joli « coin bibliothèque ».

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