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Quatrième semaine d’Avril : les solidarités de proximité

Depuis trois semaines, on note la montée en puissance des initiatives de solidarité autour de l’alimentation. Françoise du CCAS s’est beaucoup investie pour organiser la collecte de fruits et légumes, Marie-Noëlle répond à de plus en plus de coups de fil lorsqu’elle participe aux permanences téléphoniques du CCAS. Elle note une augmentation des appels de personnes qui n’ont jamais eu recours aux aides du CCAS ou qui ne les avaient pas demandées depuis plusieurs années.

Lundi

Fred a fini le montage de l’épisode bonus #3. On l’écoute. Il entre vraiment en résonance avec ce que vivent Doriane, Zamzam, Sitti et Mouslim dont on parle dans l’épisode #3.

On se met d’accord sur l’organisation de la semaine. Il y a de nombreuses incertitudes. On a la possibilité d’aller voir comment se passe une livraison de paniers de fruits et légumes sur le quartier. Il nous semble important de documenter ces activités de solidarité mais en même temps ça nous oblige à réfléchir à comment retourner sur le terrain dans ces conditions particulières.

Mercredi

On écoute une dernière fois le montage final de l’épisode 3 et on le met en ligne ainsi que son bonus. Ça reste très difficile d’entendre nos voix. On sait que cela peut être également difficile de comprendre ce que disent certains habitants à cause de la qualité du son au téléphone, des intonations et des accents, mais faire entendre ceux qu’on a trop vite faire d’appeler « les invisibles » est au coeur de notre démarche.

En fin de matinée, on a un échange stimulant avec Dominique Loiseau qui a travaillé sur les effets de genre et de classe sur les trajectoires militantes dans des associations. On veut creuser la question de la place des femmes dans les solidarités à la Boissière.

Toujours sur ce thème des solidarités, on s’entretient dans l’après-midi avec Nicolas de l’AFEV, qui nous explique comment l’association a fait évoluer son action pour s’adapter à la situation de confinement qui rend plus difficile la relation entre le bénévole et l’élève dans l’accompagnement à la scolarité. Une quarantaine d’enfants de Nantes Nord répartis dans 5 écoles primaires et 1 collège sont suivis par des bénévoles de l’AFEV. On se dit qu’on aimerait bien pouvoir suivre à la rentrée comment se noue cette relation entre un. enfant et un.e bénévole.

Jeudi

C’est bien pour tellement de raisons de travailler en binôme, l’une d’elle est nos différences de caractère. Elvire sans Fred ne serait peut être pas ressortie avant la fin du confinement alors que documenter les actions de solidarité de proximité est très important. On est loin de la situation du premier tour des municipales. Maintenant on a compris et intégré les mesures de sécurité sanitaire et on a pu imaginer un protocole pour la prise de son et grâce à la compétence de couturière de la mère de Fred, on a aussi des masques.

Durant l’année, le centre socio-culturel distribue tous les quinze jours à bas prix des paniers de légumes aux habitant.e.s du quartier. En partenariat avec le CCAS et les autres structures du quartier, le centre socio-culturel a décidé de reprendre cette action qui s’était arrêtée au début du confinement et de l’élargir. Hier, 23 habitant.e.s ont bénéficié d’un panier de fruits (pommes, bananes), de légumes (pommes de terre, salade, radis, courgettes, carottes) et une boite d’oeufs. En partenariat avec les Francas, des livres pour les enfants ont également été ajoutés aux paniers. Comme le local des Francas est situé dans une ancienne cellule de gendarmerie, l’opération s’appelle « Des livres & nous ».

Quand Muriel, travailleuse sociale au centre socio-culturel, arrive, sa voiture déborde de cagettes. Les bénévoles et salariés du centre socio-culturel les déchargent, organisent les zones « légumes » et « fruits et oeufs », puis pèsent et composent les 23 paniers. Certains seront livrés à pied, d’autres en voiture. Les habitants ont préparé, pour payer leur panier, pièces et petites coupes qu’ils ont glissé dans des enveloppes ou dans une feuille blanche agrafée. Les paniers reviennent à des foyers dans lequel vit un.e seul.e adulte, seul.e, ou avec des enfants. Les foyers composés d’un.e seul.e adulte, personne isolée ou famille monoparentale, sont durement frappés par le confinement car il n’y a qu’un seul revenu dans le ménage. Tout changement a des conséquences qui ne peuvent être temporisées par le revenu d’un.e autre adulte.

Cela nous a fait un bien fou. De retravailler sur le terrain. De voir des gens. De constater la force des solidarités et des liens de proximité.

Vendredi

On finit la semaine avec un entretien avec une enseignante du quartier qui a pris directement contact avec nous via notre site. Elle avait été mise sur la piste de La bonne cage par des habitants du quartier, et ça nous a fait plaisir d’entendre que notre projet circule, commence malgré tout, à s’ancrer un peu sur son territoire. Avec elle nous évoquons le temps du confinement. Chose étrange, elle en parle au passé… peut-être est-ce dû à l’effet cumulé des vacances et de la projection de la reprise le 11 mai qui est déjà dans toutes les têtes, même si personne ne sait bien comment tout ça va se passer.

Elle nous raconte avec beaucoup d’engagement comment elle a essayé dès le départ de surtout garder le lien avec les familles par téléphone, mais aussi pendant les permanences organisées à l’école. La fracture numérique s’est révélée d’emblée criante : « s’il y avait bien un smartphone à la maison, il n’y avait ni ordinateur pour travailler, ni imprimante ». Mais au-delà de la question de l’équipement informatique, c’est surtout la compréhension des consignes qui s’est révélée difficile pour beaucoup de parents, surtout dans le cas de familles d’origine étrangère. L’école est ainsi très vite devenue le lien où se sont tissées des solidarités sur le quartier. Il a fallu s’organiser pour trouver et distribuer du papier, des crayons aux familles, dont beaucoup sont composées de mères seules avec leurs enfants… Les mots de cette enseignante entrent en écho avec ceux de Sitti et de Mouslim ou encore de Doriane qu’on a fait entendre dans l’épisode #3.

« Quand j’appelais les familles, je pensais beaucoup à la solitude que certaines mères pouvaient ressentir, alors même qu’elles étaient entourées de voisins », raconte l’enseignante. Etre seul.e avec les autres, c’est peut-être ça l’expérience du confinement entre quatre murs.

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