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Cinquième semaine d’avril : fatigue auditive

Cette semaine, les activités de La bonne cage se sont surtout faites en coulisse. On a monté un bonus et une émission mais on a fait aucun entretien. Ce n’était pas quelque chose qu’on s’était dit mais ça s’est fait : on a soufflé.

Le souffle durant les semaines qui viennent de s’écouler c’était notre ennemi. On l’a traqué, débusqué, supprimé quand on pouvait. La qualité d’un enregistrement sonore effectué par téléphone dépend de nombreux facteurs : la qualité du réseau, celle du matériel, la manière de tenir le téléphone, ce que l’on fait en même temps et qui produit des bruits parasites. On ne peut pas y faire grand chose mais on traque quand même le souffle et les bruits parasites.

Au-delà de la qualité d’enregistrement, il y a aussi les conversations. Les silences et les phrases brèves qui marquent la difficulté de mettre des mots sur ce que chacun.e vit. La voix qui monte ou le ton qui se durcit pour décrire l’impression d’être en cage comme dit Sylvie, de ne voir sa fille que par la fenêtre comme le raconte Christine.

Frédérique parle de surgissement pour décrire les moments les plus éprouvants. Ce sont toutes ces conversations banales que l’on pourrait avoir avec n’importe qui et qui se déroulent à la Boissière comme partout ailleurs. Parlant des fruits et légumes qu’elle vient de récupérer, Marie-Thérèse change brutalement de sujet parce que ça lui fait penser à ses petits-entants qui n’ont pas pu venir chercher leurs chocolats de Pâques et à sa fille venue lui déposer des masques et qu’elle n’a vu que derrière la vitre de la voiture. Quand on ne se voit pas on est encore moins préparé.e à l’émotion qui surgit. D’habitude le langage non verbal, celui du corps et du visage, prévient de ce qui est en train d’arriver. Au bout du fil les mots surgissent sans qu’on ne les ait vu venir.

Ces mots on les écoute plusieurs fois. Pour décider de ce qui est audible, que ce soit pour l’émotion que cela suscitera chez celui ou celle qui écoute ou pour la préservation de la vie privée de celui ou celle qui témoigne.

Ce à quoi on était certainement le moins préparé, c’est qu’en se tenant si loin les uns des autres, on soit plus que jamais dans l’intimité.

Cette semaine on a fait des trucs. Lundi et mardi on a monté notre épisode bonus #2 consacré à l’isolement. Mercredi et jeudi on a monté l’épisode #4 qui parlera de solidarités. On aurait pu le raconter comme d’habitude jour par jour. Mais ça n’aurait pas traduit cette impression qu’on a d’être dans un couloir et de se heurter aux murs en essayant de reprendre notre souffle.

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