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Quatrième semaine de mai : reprendre

On n’a jamais arrêté et pourtant ces derniers mois on a l’impression de ne cesser de reprendre.

Reprendre l’enquête en mode confiné, au téléphone

Reprendre un rythme de travail à deux par Skype.

Et enfin, cette semaine reprendre le lien avec le terrain en se rendant à la Boissière. Nous y sommes allées une fois pendant le confinement pour suivre une distribution de paniers de fruits et légumes, mais cette semaine c’était vraiment la reprise, la fois où on envisage toutes les autres fois qui suivront.

Mardi

Fred a une voiture ce qui simplifie beaucoup la logistique de notre retour sur le terrain. Elle passe chercher Elvire un peu avant 14H00 et c’est parti pour la Boissière. On se gare près du centre commercial. L’herbe y a poussé et la présence de déchets est importante aux alentours. Les discussions sur l’état des espaces extérieurs a occupé de nombreuses conversations téléphoniques avec les habitant.e.s ces dernières semaines.

On fait un tour par l’Escale où Christine nous offre un café. Le matin même elle a eu une réunion d’équipe pour évoquer la reprise progressive des activités de l’Escale, à raison d’un accueil d’un petit groupe de personnes sur un temps limité. Pour Christine, le plus important est surtout de ne pas rompre le lien avec les habitué.es du lieu. Après des semaines de contacts par téléphone, il s’agit de reprendre progressivement le fil de la vie.

un café à l’Escale

Avec à l’accueil, du gel et des masques jetables. Christine semble contente de reprendre progressivement ses marques dans le lieu, même si les alentours doivent encore être dégagés des détritus qui se sont accumulés ces dernières semaines (elle nous les fait entrevoir par la porte de son bureau qui peine même à s’ouvrir). Un peu plus loin, sur le parking, elle nous montre une caravane qui elle aussi est installée depuis quelques semaines sur le parking. « Il paraît qu’elle est habitée« , nous dit-elle.

On continue notre ballade dans le quartier et on s’arrête devant le kiosque en bois que l’association EmpowerNantes a installé devant ses locaux. Le kiosque est plus symbolique qu’autre chose : il agit comme un signal dans l’espace public, comme s’il autorisait l’arrêt. Pour Yoan et Marie de l’association, c’est surtout l’occasion de « discuter avec les gens du quartier« , « de les rassurer« , mais aussi « de leur dire que nous non plus on ne sait pas quand la vie normale va reprendre« .

le kiosque devant EmpowerNantes

Pour Yoan, le vrai enjeu du déconfinement est surtout, comme il le dit de « réussir à maintenir des activités cet été« . Dans toutes les discussions, c’est surtout l’avenir de la pataugeoire qui inquiète. Elle occupe une place centrale dans le quartier et elle est habituellement très fréquentée l’été. Elle devait être rénovée au printemps, mais avec le confinement tout a été stoppé. Depuis, ce sont surtout les chiens et les détritus qui y ont élu domicile. Sera-t-elle remise en l’état à temps?

La pataugeoire

Devant EmpowerNantes, il y aussi Sylvie, les mains dans la terre. Elle s’emploie à creuser un trou pour planter un rosier. Derrière son masque, elle rigole. Elle nous fait faire le tour du propriétaire en nous présentant chacune des nouvelles pousses qu’elle a mises en terre dans de grandes jardinières en palettes : des pois, des tomates, des cardes, des courgettes… Tandis qu’on continue de discuter avec Sylvie et Jean-Luc (un voisin venu passer le temps avec nous), on croise Nanou qui remonte la rue avec un chariot de courses. Et en quelques minutes, le croisement de rue se peuplent de personnages de La Bonne cage. Et nous, on a l’impression, qu’on commence vraiment à réussir notre immersion sur le quartier.

Le nouveau rosier

On finit par un tour vers le centre socio-culturel dont les portes sont fermées (une affichette scotchée aux vitres précise que l’accueil est réservé aux enfants de l’école du Baut) et on s’arrête du côté de la pataugeoire. Sur les quelque bancs disposés sur l’esplanade de pelouse pelée, il y a des grappes de jeunes, les filles d’un côté, les garçons de l’autre. D’autres jeunes plus mobiles, traversant seuls ou à deux l’esplanade. Jogging, casquette, parler haut et fort.

On s’arrête auprès d’une vieille dame qui a amené son siège de toile pour s’installer sous un arbre. On parle pigeons. Nous voyant ainsi installées, le micro ostensiblement visible, un des jeunes nous interpelle : « Et vous faites quoi là?« . Quand on lui répond qu’on fait un documentaire sonore sur le quartier. « Mais il ne se passe rien à la Boissière ! » Et bien c’est justement ça qui nous intéresse !

Aux abords de la pataugeoire

Mercredi

On publie le bonus qui accompagne l’épisode 4. Un entretien avec la chercheuse Dominique Paturel. qui travaille sur l’alimentation.

Il n’est pas facile de tenir le rythme de diffusion, mais on est fières d’y arriver. Il y a à ce jour 5 épisodes et autant de bonus, ainsi qu’un hors-série marquant le début du déconfinement.

Aujourd’hui on commence le montage de l’épisode 6, Un toit sur la tête, dans lequel nous allons évoquer le parcours résidentiel de Sylvie, Nanou (que vous connaissez) et Stéphanie (que vous ne connaissez pas encore). On consacre la journée au choix des extraits et au fil conducteur qui permettra de les articuler.

Jeudi

On a chacune des choses prévues aujourd’hui sur le plan pédagogique, on va principalement travailler en asynchrone pour avoir bouclé le montage en fin de journée. On se retrouve sur Skype à 9h00 pour écrire l’introduction et caler définitivement les extraits que l’on a retenus et c’est parti.

Le soir, l’épisode est monté : 37’56 minutes. Viser la demi-heure nous semble être un bon format pour l’instant, pour avoir le temps de faire entendre les voix et les bouts d’histoire qu’on a commencé à capter.

Vendredi

On enregistre un entretien avec Pascale Pichon, sociologue, spécialiste du sans-abrisme. L’approche ethnographique qu’elle défend suppose d’aller au plus proche des personnes à la rue et de témoigner de leurs conditions de vie, mais aussi de leur donner la parole à travers l’écriture de récits de vie. L’échange que nous avons avec elle est très enthousiasmant et nous conforte aussi dans notre posture de chercheuse. Cet interview constitue le bonus de l’épisode 6 centré sur le logement.

C’est sûrement pour ces pas de côté assumés à deux qu’on aime tant travailler sur ce projet : s’autoriser à dresser des lignes d’horizon.

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