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Deuxième semaine de juin : paroles, paroles, paroles

Le rythme s’accélère et le retour sur le terrain aussi. La semaine a été chargée en rendez-vous de toutes sortes autour de La bonne cage. Parler du projet est important pour nous. Pas seulement pour le promouvoir, mais aussi pour y réfléchir et se l’approprier. On a foncé têtes baissées pour faire exister La bonne cage. Maintenant on lève un peu la tête, on regarde autour de nous et on réalise que ce projet n’est plus dans nos têtes mais dans vos oreilles.

Lundi

Une habitude s’est installée durant le confinement, le lundi on prend un moment dans la journée pour se retrouver sur Skype et envisager ce qu’on fera de la semaine. On passe en revue les rendez-vous à venir, on envoie des mails ou on passe des coups de fil pour solliciter des entretiens et on discute des thèmes des prochains numéros.

La semaine s’annonce riche en temps passé sur le terrain.

Mardi

Le mardi matin, à l’Escale, les temps d’accueil autour d’un café ont repris. Nous pouvons disposer du lieu pour nous poser, accueillir des habitants et travailler lorsqu’il n’est pas occupé par une activité, on y arrive ce mardi en début d’après-midi.

L’Escale mardi

On avait imaginé que tout le monde vaudrait écouter La bonne cage tellement c’est formidable, ce n’est pas (encore) le cas alors on apprécie beaucoup les sollicitations que l’on reçoit pour échanger. Hier, Fred a échangé avec Marianne Langlet, journaliste à Lien social, un magazine spécialisé dans le champs du médico-social. Aujourd’hui on discute avec Julien Defait, designer à la 27eme Région et demain on parlera avec Inès Edel-Garcia, journaliste qui expérimente elle-aussi des formes sonores.

Fred discutant avec Ines, mercredi

Avec Julien Defait, on évoque les méthodes d’enquête en situation de confinement et plus largement l’expérimentation de formats qui changent les liens entre enquêteur.rices et enquêté.es et bouleversent les logiques d’enquête.

Ces échanges sont vraiment précieux pour nous, ils nous aident à mettre en mots notre démarche et à décentrer notre regard. Ces temps de discussion même s’ils se passent tous en distantiel sont aussi le signe ténu que les relations sociales reprennent et que chacun.e se projette dans l’activité des prochains mois.

Doriane nous rejoint à l’Escale. Son service civique s’est achevé et elle a augmenté son temps de travail en hypermarché. Elle travaille la plupart des jours de la semaine, par courtes plages de 3 heures environ sauf le samedi où elle est mobilisée sur la journée. Le travail est fatiguant, les client.es sont très nombreux.ses et les contacts parfois tendus. Elle s’interroge sur l’année prochaine, elle se projette dans une reprise d’études en lien avec le secteur de l’éducation.

La journée s’achève par une ballade de quartier au cours de laquelle on croise Nanou, Sylvie et des pigeons.

Mercredi

C’est une journée très riche en rencontres facilitées par le fait qu’on passe la journée entière à la Boissière, ce qui nous permet d’être visibles grâce à l’enregistreur numérique et au téléphone dont on se sert pour faire les photos et d’aller à la rencontre des personnes que l’on croise sur l’espace public.

Lorsqu’on arrive à l’Escale il y a de la musique à l’extérieur du centre commercial. Fred en profite pour aller prendre du son. En marchant, enregistreur à la main, elle croise Mohamed le coiffeur et Ahmed le boucher avec qui elle discute et présente le projet (vous pouvez entendre ça dans notre prochain épisode, mercredi prochain). Hier on est brièvement passées Chez Martine, un restaurant africain, aujourd’hui on décide d’y manger. On fait la connaissance du patron, Pedro qui a repris le restaurant de Martine il y a quelques années.

Avant de rejoindre les médiateurs de quartier avec qui on a rendez-vous pour une déambulation dans le quartier, on fait un tour pour digérer pour enquêter.

On commence à avoir des lieux dans lesquels on essaie de passer chaque fois qu’on est sur le quartier, comme la pataugeoire. Aujourd’hui on y croise….. des enfants. Enfin ! On fait la connaissance des « pirates », trois enfants d’une dizaine d’années qui font du parkour sur l’aire de jeu. En s’éloignant on entend un bruit de ballon qui rebondit sur le béton et on se dirige vers le terrain de basket. On y rencontre Mathieu, un lycéen qui projette de passer ses grandes vacances entre le terrain et sa chambre, pour « réviser un peu quand même les cours ». Au centre commercial, à la pataugeoire et au terrain de basket, l’interpellation est facilitée par l’usage de l’enregistreur (bien visible) et de la bonnette à poils qui recouvre le micro. Ça intrigue et ça fait parler. Si l’appareil photo est bien identifié, l’enregistreur, lui, est encore plein de mystère… Et il est courant que les personnes rencontrées nous demandent : « Hé ça filme là ? »… 

Fred l’enregistreur à la main captant des sons d’ambiance

Ce jour-là on entend aussi parler d’autres camera. Une première fois à l’Escale par Christine car un habitant l’a récemment appelée pour lui dire qu’une caméra 360degrés venait d’être installée devant chez lui, à hauteur de son logement et qu’il s’inquiétait de savoir si son intérieur était filmé. Quelques heures plus tard, il est à nouveau question de cette même caméra quand on rejoint Mohamed, Saïdou et Jonathan, médiateurs de quartier et qu’on fait avec eux un tour de Boissière.. Pour les repérer ces fameuses caméras, il faut lever le nez. Elles sont installées sur des poteaux dont le pourtour est renforcé pour éviter qu’il ne soit scié.. Aujourd’hui, avec l’installation de cette nouvelle caméra, on en compte quatre sur un périmètre d’à peine de 200 mètres. Avec comme point névralgique la pataugeoire, cet espace central du quartier qui continue de nous fasciner. Si Mohammed nous assure que l’été, le terrain est occupé par les enfants et les mères de familles… nous depuis qu’on est là, on le voit surtout fréquenté par quelques hommes qui marchent vite, les mains dans les poches, et par des pigeons. Ah les pigeons ! C’est le thème de notre prochain épisode ! Et on vous assure, le sujet est passionnant. Plus on travaille dessus, plus on comprend que le volatile est un puissant révélateur des conflits d’usage de la ville et des comportements sociaux.

Tour de quartier avec les médiateurs

Vendredi

Jeudi, on consacre une bonne partie de la journée au montage du futur épisode sur les pigeons. Vendredi après-midi, Fred rejoint à l’Escale Francis Peslerbe, historien local de la Boissière. Il a écrit l’histoire locale de la Boissière. Avec lui, il est question de l’histoire du quartier, et surtout de ses figures militantes qui vivaient dans la cité HLM et dans les pavillons environnants dans les années 1970. Jusqu’au début des années 2000, ces militants-habitants ont animé la vie du centre social (qui est devenu socio-culturel). Et parmi eux, Francis a été longtemps un pilier. Aujourd’hui,  à 78 ans il dit encore : « moi j’aime bien continuer à passer au centre, c’est un peu comme si c’était ma deuxième maison ». 

Cette semaine est marquée par l’écoute. Nous avons pu discuter du podcast avec des professionnels et des habitants. Si ce n’est pas encore un plan média qui se met en place, ça ressemble bien en tous cas à la mise en place d’un réseau d’oreilles bienveillantes qui nous motivent pour continuer.

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